Le Match: 25 Décembre 1914

by Ian McMillan

Il fait si froid.
Les lignes de ce poème s’enfoncent
dans la boue implacable. Score vierge.

L’aube, un froid à mourir. Les armes gèlent
dans les mains de la ligne de défense.
La lune est suspendue dans les airs comme un ballon
frappé par un gardien grelottant.
Tout ce que ces garçons veulent faire aujourd’hui
C’est tirer, et défendre, et attaquer.

La lumière tombe sur une main à demi-levée. Les visages,
On aperçoit leur souffle, dépassent à peine des tranchées,
Un ballon s’élève, comme une lune
qui perce la brume du matin.
Aujourd’hui tout ce que veulent ces garçons,
C’est du temps additionnel, des prolongations.

Pas de formation stricte, ce matin:
Pas de 4-4-2 ou de 4-5-1,
Pas de règles en fait. Juste un match improvisé,
Rien à gagner
Sauf le respect. Chacun a montré ses photos,
Il m’a dit le nom de son bébé.
Allez, dégageons les lignes de ce poème
et que la partie reprenne.

Pas de point de réparation, ce matin,
Tous les joueurs sont inconnus.
Enterrés dans ces cimetières
Par équipes de stelles oubliées;
Des filets de but en fil de fer,
Le No Man’s Land pour tout terrain,
Une fusée éclairante sert de projecteur braqué
Sur ces instants entre banc de touche et tranchée.

Il y a cent hivers de cela, le ciel s’est ouvert
Et la lumière du soleil
A brillé sur les deux équipes,
Au son de ce match innocent.
Aujourd’hui tout ce que veulent ces garçons, c’est entendre
Le coup de sifflet final. Retourner au vestiaire.

Il a fait si froid. Les lignes
De ces poèmes seront retrouvées, inscrites
Dans la boue, c’est la liste des joueurs.
Souvenez-vous d’eux. Relisez-les.